09 août 2008
« The end has no end »
Elle s'arrêta sur le pas de la porte, et l'observa quelques secondes. Des tas de fils reliaient son corps à une machine bizarre. Elle s'avança, tira la seule chaise près du lit, et lui prit doucement la main. Dans un sursaut, il se réveilla, ouvra ses yeux alourdis par les blessures. Dans un léger souffle, faisant presque preuve d'une force surhumaine, il se mis assis dans le lit.
« Hé, frangine..», arriva-t-il juste à dire.
Elle caressa ses cheveux de sa main libre, et lui sourit. Un petit sourire.
« Désolé ». Elle aurait pu dire :
« Tu peux! 2 ans que tout le monde te croit mort, que Monsieur ne donne pas, non, pardon, PLUS de nouvelles. 2 ans, que tous les jours, je vois dans les yeux de chacun des questions qu'on n'ose pas me poser à ton sujet. 2 ans que je me débrouille seule, en attendant que ta soif de liberté soit assoupie. 2 putains d'années que tu m'as laissé tomber! Puis-je encore te faire confiance? Pire, ne repartiras-tu pas, encore, me laissant seule? Le comprends-tu, seulement, que je crie ton nom tout le temps, depuis 2 ANS? Si tu savais, comment, je te déteste.»
Mais, elle ne dis rien. Lui sourit, vraiment, cette fois. Elle n'était pas du genre à se laissait emporter et à crier comme ça sur quelqu'un. En plus, il avait assez souffert, comme ça. C'était son grand frère, après tout. Et, de toute façon, à cet instant, elle ne pouvait dire mot, elle était trop émue de le revoir, là, dans son lit, quasi immobile.
« Time to pretend »
Ils se regardèrent, alors, pendant longtemps, en silence, se comprenant malgré tout, comme, seuls des frères et sœurs peuvent faire. Puis, l'infirmière privé entra et demanda - non, ordonna - amèrement à Lilly de partir. Celle-ci la regarda méchamment, déposa un baiser sur le front de son frère et partit. Elle murmura un «Connasse» à l'intention de l'infirmière. Elle se dirigea alors vers un parc, n'importe lequel, pourvu qu'il y est un banc en bois. Elle s'assit sur le premier qu'elle vu et fit le point. Sur sa vie.
Lilly, 16 ans et quelques jours. Un grand frère «plus-fêtard-tu-meurs», avide de sensations (très) fortes. Des parents. Une bonne. Un chauffeur. Tout ça rien qu'à elle. Mais, les trois, plus inutiles les uns que les autres. Dépucelée à 14 ans par le meilleur ami de son frère qu'elle aimait - aime? - en secret. Tous les trois formaient un trio de choc, juste avant le départ de son frangin. Depuis toute petite, Lilly traînait toujours avec son frère. A 11 ans, elle avait pris sa première grosse cuite. A 12 ans, elle avait déjà goûté à la drogue. A 13 ans, elle ne s'en souvenait plus vraiment. Elle avait juste fait la fête pendant toute l'année et avait été plus d'une fois bien amochée. Elle suivait son frère et son meilleur ami - Hugo - partout. Ils la protégeaient comme personne ne le faisait. Jamais un gars n'avait pu la toucher, lui faire du mal. Il y en avait toujours un dans les parages. Ça lui plaisait, vraiment. Pour autant, elle n'était pas conne ou ne connaissait rien à la vie. Non, elle avait une maturité à couper le souffle, une intelligence bien cachée et surtout, une beauté invraisemblable qu'elle ignorait. Quand les gars se retournés sur elle, ou les minettes la regardaient avec envie, elle se retournait toujours et se demandait qui pouvait susciter autant d'admiration. Son visage était un visage d'ange, d'enfant, et elle jouait beaucoup sur ça. Avoir l'air innocent l'amusait toujours énormément. Pourtant, c'était loin d'en être une des petites filles modèles.
« You talk »
Un peu plus loin, un garçon étonnement beau se dirigeait vers le parc où se trouvait Lilly. Il l'a remarqua de très loin, tout de suite. En même temps, on ne voyait, un peu qu'elle. Tellement parfaite. Bref. Un sourire heureux fendit son visage. Il revenait de trois mois dans un centre pour «consommation de substances illicites». Tiens.. Il accéléra le pas, sans vraiment s'en rendre compte et, dans un temps, anormalement rapide, lui aussi, fit le point.
Hugo, grand brun ténébreux, toutes les filles de New York amoureuse de lui. Lui, en avait, royalement, rien à foutre. Celles qui se présentaient à lui, il les baisaient si s'était des salopes. Sinon, il les remballait. Gentiment, mais les remballait. C'était un gentil connard, comme Lilly l'appelait. SON gentil connard. Lilly, putain. Il riait carrément là. Il était sobre pour une fois, et qu'est-ce qu'elle était belle. Juste pour ça, il n'avait plus envie de se défoncer. Juste pour la regarder, elle, naturelle et splendide. Il l'aimait, vraiment. Son meilleur pote était son frère et, il avait pu être depuis toujours à ses côtés. Il avait craqué pour elle il y a, exactement deux ans et un jour. Le jour où il avait fait l'amour avec elle. C'était assurément, le plus beau jour de sa vie. Il avait eu le déclic. Ils étaient affreusement bourrés tout les deux, et, dans un moment de folie, ils s'étaient embrassés comme ça, dans une immense chambre d'hôtel, dans l'immeuble où avait lieu la plus grosse fiesta de l'année. Et, le lendemain et les jours qui suivirent, ils n'en reparlèrent pas. Jamais. Et, il n'y avait aucun malaise entre eux. Avant que cet idiot de frère s'en aille, ils étaient inséparables et il s'était juré avec lui que personne ne détruirait Lilly. Personne, quitte à en perdre la vie. Ou du moins, la risquer. Mais, voilà, 2 ans, qu'il n'avait eu aucune nouvelle de lui. Mais, il avait continué ce deal tout seul. Et, s'était haï quand il avait été chopé, car, pendant trois mois, il s'était inquiété tous les jours, toutes les heures, pour la fille qu'il voulait depuis toujours.
« Killing the name »
Il arrivait à son niveau, elle leva les yeux vers lui. Un immense sourire apparut sur son visage. Elle était vraiment la fille la plus heureuse de la Terre, à cet instant précis. Elle se leva, appuya sa tête contre son torse et l'enlaça très fort. Lui, toujours aussi taquin lui sortit :
« Ça sert à rien que tu y mettes toutes tes forces : je sens rien.»
Elle lui asséna un gros coup de point dans l'épaule, que lui, il sentit.
« Putain!
- Je suis contente de te revoir, dit-elle tout simplement, sans une pointe d'euphorie dans la voix. Aussi posée que d'habitude.
- Tu m'as l'air très heureuse. Je vois que trois mois sans moi, ça t'as réussi.
- Je me suis débrouillée, ouais. Mais, Louis est de retour. »
A cet instant, elle comprit que la joie l'avait submergé. Putain, c'était un secret. Entre elle et son frère. Il annoncerait son grand retour une fois qu'il sera complètement rétablie, inventant une histoire à la con. Du genre, «J'ai fait deux années en France, chez mon père.» Tout le monde sera surpris, les filles envieuses et le tour est joué. Oui, en plus, d'être fêtard, il était aussi très sur de lui. Il pouvait. C'était sa sœur au masculin. Donc, je vous laisse imaginer. Le visage d'Hugo s'illumina. Il tenait les mains d'Elle et son frère était revenu. Ça voulait dire que tout redeviendrait comme avant. T'enflammes pas, vieux.
« Oh »
«QUUUUUUUUUUOI? Lou' est là? Où, putain? Depuis quand? Il était où? Comment il va?
- Héé, répondit-elle dans un sourire. Ouais, il est là. Dans un immeuble. Depuis, ce matin. Il va..»
Elle s'arrêta, mal à l'aise et se rendit compte qu'elle avait oublié de lui poser toutes ces questions. Pourquoi était-il parti? Qu'est-ce qu'il lui était arrivé, au juste? Elle ravala sa salive, releva la tête. Ses yeux gris étaient emplis de larmes.
«Il va bien. Maintenant.» Et elle sourit, pour, la 100ième fois de la journée, au moins.
Elle tendit son portable. Un SMS de son frère était affiché sur l'écran. C'était des bonnes nouvelles, mais, Hugo comprit. Immédiatement. Il savait que ce texto lui était adressé. Il ignorait par quel moyen Louis savait qu'il était en ville, mais, dans un éclair, il serra bien fort la main de Lilly, qui fut, assez surprise. Il fallait qu'à son tour, il risque sa vie, pour elle. Il avait peur, très peur, mais, c'était pour elle. Avec une voix entremêlées d'inquiétude et de bonheur, il lui demanda si elle l'aimait.
«Oui. Depuis toujours. A jamais.»
Sur ce, ils partirent. Bizarrement vite.