12 août 2008
« Feeling Better »
Elle traversa la rue, sans faire attention aux voitures qui circulaient. Une ou deux klaxonnèrent, la dévisageaient, elle s'excusait. Lilly arriva face à lui, et le fixa comme il y a une heure avant. Il n'arriva pas à la regarder aussi longtemps qu'elle. Il lui dit juste, après quelques secondes de silence : «Tu sais te faire attendre». Mon Dieu, sa voix. Sa voix, sa voix. Elle était atrocement sexy mais.. Elle prit son paquet de clope dans la poche de sa veste Pépé Jeans, et lui demanda qu'il l'allume. Il s'exécuta. Elle tira une taffe et se mit contre le mur. En une seconde étrangement vite, il avait un bras à côté d'elle et la dominait de toute sa grandeur. Il approcha son visage du sien, feignant de l'embrasser. Elle ne ressentit rien. Elle pouvait alors jouer avec lui, comme elle aimait tant. Mais, pour la première fois de sa vie, elle eut peur. Peur de lui, peur de son «don». C'était le risque de vouloir vivre comme une déjantée.
Elle le repoussa, gentiment mais sèchement, néanmoins. Elle ria encore une fois, d'un rire franc. Elle était nerveuse, putain! Elle retrouva son sang froid en le regardant avec froideur. Tout se jouait avec les yeux. Il la regarda, tête penchée, se demandant qui elle était vraiment. Elle l'intriguait beaucoup. Lui aussi, avait envie de jouer avec elle. Normalement, les filles, il les baisent comme ça, sans rien demander d'autre mais elle.. c'était différent. Et puis, elle ne lui tombait pas dans les bras, à moitié bourrée comme toutes les autres minettes. Mais, elle mit fin à ses pensées. Son téléphone sonna. «Merde, mon frère», pensa-t-elle. Elle décrocha en murmurant un petit :
« Oui?
-T'es où,là?
-Je ne sais pas vraiment. Près d'un bar.
-Avec qui?
-Lui.
-On rentre.
-Nan. TU rentres. Bye.»
Elle raccrocha. Son frère de l'autre côté de la rue, tapa dans le mur, de rage. «Meeeerde», murmura-t-il. Hugo allait le tuer, mais, il ne pouvait la ramener de force chez eux. Et puis, ce mec, il avait l'air.. Bien. Ouais, juste bien. Mais, il en avait l'air. Pourtant, l'inquiétude le rongea, et si.. Bordel. Après tout, il fallait un peu qu'elle se débrouille un peu toute seule, non ?
« 15 Minutes »
Assis à la seule table du minuscule Bar où ils étaient, elle sirotait un thé glacé. Lui, une bière sur la table et une clope à la main, comme toujours, se regardaient en souriant. Elle brisa le silence, en première.
« Alors, tu t'appelles comment?
- Dorian Gray.*
- Vraiment ? Tu ne peux pas être aussi malin que lui. Et, je ne suis pas Sybil Vane*.»
Il eut un petit sourire crispé qu'elle vu aussitôt. Ce mec était vraiment flippant, mais, plus elle le chargeait, plus, il devait dangereux, et plus, ça l'excitait. Elle irait jusqu'au bout. Quant à lui, il se dit qu'elle était beaucoup plus intelligente qu'elle le paraissait, et qu'elle lui plaisait de plus en plus. Sous cette ampoule défaillante, elle était, même sublime. Presque parfaite, elle avait l'air d'un ange. Et, il aimait à croire cette idée. Il ne lui ferait pas de mal, pas à elle. Il ne pouvait la corrompre, non, pas, elle. Mais..FUCK!
« Julian. C'est Julian.
- Enchantée.
- Et toi, on t'appelle comment ?
- Lilly.
- C'est super joli, Lilly. »
En fait, il était super timide, et elle, débordait de confiance en elle. Ça allait être tellement amusant. Elle jubilait. Elle se leva d'un bond, le tira par la manche, et il l'a suivi. Un homme très élégant, bien propre sur lui, prit Lilly dans un coin et lui glissa dans l'oreille «Fais TRÈS attention, surtout avec lui. Tu as beau être très jolie, intouchable et sure de toi. Lui, y est beaucoup plus. Il est dangereux. Très. Il est pire que celui qu'il prétend être.» Un frisson lui parcourut la colonne vertébrale. Pire que Dorian Gray?* elle chancela. Julian l'a rattrapa. Ce mec, là-bas, il le haïssait. Elle se fourra au creux de ses bras, et retint ses larmes. C'était si difficile de faire la dure. Mais, elle avait l'habitude de se fourrer dans les emmerdes. Pourquoi allait-elle arrêter sous prétexte que lui, l'être le plus parfait qu'elle n'ait jamais rencontré, était dangereux?
* Le portrait de Dorian Gray - Oscar Wilde.
Un classique. Dédicace à Helloïse, j'en profite ;) .
« I want you »
Il pleuvait, il accéléra alors le pas. Un café Starbuck's à la main, il se hâta à monter dans son grand immeuble. Il prit l'ascenseur, y croisa une connaissance qu'il ignora. Il était assez en rogne comme ça, il ne voulait certainement pas faire preuve d'amabilité. Il ouvra la porte un grand coup, se dirigea vers la cuisine et cassa deux verres, sans le faire exprès. «Fais chier», cria-t-il. En ramassant les bouts de verres, il se coupa. Trois fois. Il avait les doigts en sang quand Hugo, la tête dans le cul arriva. Il commença à l'engueuler : «Bordel! Tu peux pas faire gaffe, je dormais. Et bien, en plus! T'es vraiment relou quand tu t'y mets. Tu fais vraiment nimpe, ça m'gave. J'te parle !» Louis se retourna, les mains en sangs, les yeux injectés de sang. «Ooh», finit par articuler Hugo. Il savait au regard de son meilleur ami qu'il ne fallait pas qu'il lui parle, là, tout de suite.
Un peu plus tard dans la soirée, une fois que ses mains étaient bandés, le café but, et la cuisine nettoyé, ils s'assirent dans le salon de leurs immense appartement. Il était décoré du style Louis XIV, entièrement par un architecte intérieur qui coûtait la peau du cul. Après tout, les parents de Louis étaient pleins aux As. Hugo lui demanda soudainement : «Et Lilly?» Ah oui, Lilly.
«Avec un mec.
- Qui?
- Je sais pas. Inconnu au bataillon. Mais, elle a l'air de le kiffé, alors, je l'ai laissé.
- Putain, t'es con ou quoi ? C'était LE deal : jamais la laisser seule. Tu le connais ou pas?
- Nan, il avait l'air bien. Vraiment.
- Le con !»
Hugo partit, en rage. Il avait peur, et très mal au cœur. Il ne voulait pas la perdre, d'aucune façon. Pouvait-elle seulement l'oublier, lui, son second frère? Il se posait des questions. Et, si ce mec était un enfoiré? Si il lui brisait le cœur? Comme le sien, en ce moment.
« Hysteria »
Cela faisait quatre mois qu'ils étaient ensemble - Julian et Lilly - . Et, pendant quatre mois, Julian s'était révélé être un grand malade. Il se devait de la corrompre, c'était le marché. Un marché ambigu, qu'Hugo avait découvert mais qu'il avait laissé dans le secret. Lilly en était devenu accroc, et ses vieux démons l'avaient rattrapés. Pendant quatre mois, ça avait été la grande débandade, la chute. Elle était passé de Sobre à Stone à une vitesse grand V. Elle refumait, se droguait, buvait, baisait. Elle était redevenue comme avant, la demoiselle défoncée tous les jours. C'était pour le suivre. Il lui demandait, elle s'exécutait. Pourtant, elle avait résistait, des semaines et des semaines mais un jour, elle était tombée dans ses bras. Cette vie ne lui plaisait pas vraiment. Elle l'a détesté même, mais, elle l'aimait. Enfin, elle croyait l'aimer.
Tout le monde était inquiet. Elle maigrissait à vue d'œil, ne parlait plus. Seul Hugo arrivait à la maintenir hors de l'eau. Mais, ce n'était pas suffisant. Elle voulait tester ses limites, titiller le danger, jouer avec sa vie. Et bien des fois, Julian l'avait aidé. Elle ne supportait rien, et vomissait ses tripes à chaque fois. Et, lui, ce connard fini, tellement beau, ne l'achevai pas. Jamais, il n'aurait pu le faire. Parfois, même, il ne sortait pas, restait avec elle, à la contempler. Elle était resté belle. Il regrettait tout. Il regrettait d'avoir accepté ce marché minable de faire tomber cette jolie fille, regrettait d'être tomber amoureux d'elle un soir d'hiver, regrettait de l'avoir emmené dans des bars, il regrettait de l'avoir salie. Et puis, au bout de quatre mois, donc, elle en eut marre. Marre de ça, les fêtes, l'orgie, la drogue. Tout ça, elle s'en foutait. Elle n'était pas accroc, pas à ça, juste à lui. Elle décida de tout arrêter. Comme ça, sans raison. Et, elle s'était tellement dégoûtée. Pendant une semaine, peut-être plus, elle avait réussi à jouer avec lui. C'était à cette période qu'il était tombait amoureux d'elle. Mais, il l'avait dépassé. C'était le maître, le plus fort. Qui est-ce qui lui avait dit qu'il était dangereux? Elle ne s'en souvint plus, mais, il avait raison.
« Blabla »
Quand il se réveilla, un petit mot était posé sur l'oreiller d'à côté du sien «Je t'aime plus que tout, cher Mr Gray. Mais, j'arrête tout ça. Cette vie, ce rythme. T'as réussi ce marché, pars en vainqueur. Je t'aime.» Il s'appuya sur ses coudes, un atroce mal de tête le fit se rallonger. Il pleurait, son cœur était noué. Non, non, non. PAS elle. Il ne pouvait pas. Il suffoquait, n'arrivait plus à respirer. Il porta sa main à sa bouche, cria. Cria son nom. «LILLY! LILLY! LILLY!» résonnait dans l'appartement. Elle était partie. Vraiment. Il s'assit, tout son corps lui faisait mal. Mon Dieu, qu'il pleurait. Des larmes chaudes et salées ruisselaient sur tout son visage. Il prit son visage dans ses mains. Il n'en pouvait plus. Son cœur.. son cœur, son cœur était mort. Quel salaud ! Il s'habilla, maladroitement, trébuchant sans cesse, se faisant mal. Il descendit les escaliers, vite. On aurait dit un pantin désarticulé. Il pleuvait très fort, sur le trottoir, lui seul était là, immobile, à regarder les passants.
Puis, il la vit. Il couru, vite, très vite. Il poussait les passants, allait tout droit, et accélérait. Il n'avait jamais couru aussi vite, mais, putain, elle était là-bas. Plus que quelque mètres, il cria. Fort, très fort. Il n'entendit aucun son sortir, mais il criait, encore et toujours. Elle se retourna avec ce fucking sourire irrésistible. Elle le fixait comme la première fois. Il s'arrêta, net. Il s'agenouilla, et il pleurait encore. «Lilly. Lilly, je t'aime», murmura-t-il. Deux bras l'enlacèrent, c'était elle. Son coeur battait la chamade. Il croyait qu'il allait exploser. «Pardonne moi, s'il te plait. Je regrette tout. Je t'aime.»